Pour fuir d'un monde fou l'absurde fourmilière,
Je suis parti dans la barque large, au réveil
Avec les avirons qu'on arrache à l'eau claire,
Et qu'on soulève, ruisselants, dans le soleil.

Vivre ainsi sur le fleuve au courant immuable,
Le fleuve qui s'en va vers les horizons gris,
Voir les rives de loin, ignorer leurs vains bruits,
Et regarder filer sur un clair fond de sable,
Des ombres de poissons que l'eau profonde prend,
Et des herbages verts que berce le courant !

Vivre ainsi, sans jamais s'approcher d'une rive,
Et voir passer les jours et les nuits, sans savoir
Quelle est la ville au loin, où tinte, dans le soir
Une cloche à la voix solitaire et craintive...